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En 1930, certains prédisaient la fin du carnétisme… Un siècle plus tard, que reste-t-il de leurs craintes ?

  • Philippe Mereau
  • il y a 5 jours
  • 2 min de lecture

Parmi les vieux journaux philatéliques, on découvre parfois des textes qui résonnent étonnamment avec les débats actuels. C'est le cas de cet article intitulé « Le carnetisme ! », publié en 1930 dans Les Dernières Nouvelles de Strasbourg.

À l'époque, une question anime les collectionneurs :

« Faut-il collectionner les timbres émis en carnet-réclame ? »




Près de cent ans plus tard, la lecture de cet article offre un témoignage fascinant sur la perception des carnets publicitaires au début du XXe siècle.


Une méfiance envers une spécialisation nouvelle

L'auteur ne cache pas son scepticisme. Il estime que les premiers carnets ont suscité un engouement lié à la nouveauté et que certains amateurs les ont conservés davantage dans l'espoir d'une plus-value future que par intérêt philatélique.

Il évoque notamment le célèbre carnet « Minéraline » contenant le 10 centimes vert Semeuse de type I, devenu recherché en raison d'une erreur d'émission. Selon lui, cette pièce mérite d'être collectionnée pour son caractère exceptionnel et non pour sa publicité.

Mais c'est surtout la multiplication des annonces qui l'inquiète. L'auteur redoute qu'une infinité de variantes publicitaires finisse par décourager les collectionneurs.


La crainte d'une inflation des variétés

Le passage le plus intéressant est sans doute celui où il prédit une dérive du marché :

« Il y aura abus et de ce fait découragement parmi les plus fervents carnetistes. »

En 1930, le développement des carnets publicitaires semble incontrôlable. Chaque annonceur peut faire imprimer son propre carnet en s'engageant sur un certain volume, créant ainsi une multitude de références.

L'auteur imagine alors une collection impossible à compléter et craint que la recherche systématique de toutes les publicités ne fasse perdre son sens à la collection.


Cent ans après : l'histoire a-t-elle donné raison à l'auteur ?


La réponse est nuancée.

Oui, parce que le nombre de carnets publicitaires français est devenu important. Les catalogues spécialisés recensent aujourd'hui des centaines de variétés, d'annonceurs et de configurations différentes à travers les couvertures, les intercalaires et les compositions des carnets. Constituer une collection exhaustive demeure un véritable défi.


Mais non, parce que cette diversité est précisément devenue l'un des principaux attraits du carnétisme.


Là où l'auteur voyait un risque de dispersion, les collectionneurs modernes voient une richesse documentaire exceptionnelle. Les publicités imprimées sur les couvertures et les intercalaires constituent aujourd'hui un remarquable témoignage de l'économie, de la consommation et des marques du début du XXe siècle.

Les carnets publicitaires ne sont plus seulement étudiés pour leurs timbres ; ils sont devenus des objets historiques à part entière.

Mieux encore, certaines collections de carnets publicitaires français sont désormais considérées comme parmi les plus belles réalisations de la philatélie spécialisée. Leur richesse, leur diversité et leur rareté en font pour beaucoup la « Rolls-Royce » des collections de timbres-poste françaises. Réunir des carnets rares dans un état de conservation exceptionnel demande des années de recherche, une solide documentation et une véritable passion. Loin du découragement annoncé en 1930, le carnétisme est devenu une discipline prestigieuse qui continue de séduire de nouveaux collectionneurs.

 
 
 

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